CD
Overhead
And we're not here after all
(Musea)
Prog symphonique scandinave ****
Ils sont jeunes, ils sont finlandais, ils sont cinq et s'entendent comme les doigts de la main : Overhead en est déjà, avec celui-ci, à son troisième album studio. Demeuré relativement confidentiel, Zumanthum, le premier était pourtant déjà étonnant de maturité. Le suivant, Metaepitome, corrigeait certains défauts de jeunesse du premier. Mais celui-ci dépasse à tout point de vue ce qu'ils nous ont proposé jusqu'ici.
Le titre, And we're not here after all, semble signer la marge de progression qu'estime encore avoir le groupe. On les sent cependant plus soudés que jamais ; sans doute se sont-ils forgé cette harmonie et cette unité à l'aune des nombreux concerts qu'ils ont donné depuis quelques temps, souvent loin de chez eux et dans des conditions pas toujours optimales.
Changement de style, pour ce troisième opus : exit les grandes envolées et les rythmes très soutenus. Nous sommes beaucoup plus ici dans l'intimité, l'émotion et l'aérien, avec un certain équilibre dans les enchaînements. Au contraire, on est impressionné tant par la cohérence de l'ensemble que par la diversité des ingrédients constitutifs de cette musique : un chant clair et bien placé, une flûte plus enjôleuse que jamais, des guitares riches, tant acoustique qu'électrique, des claviers très variés à dominante vintage et une basse omniprésente, parfois rageuse. Si cet album est moins punchy que les précédents (quoique...), il verse également moins dans le symphonisme grandiloquent. C'est moderne, c'est frais, c'est élégant, c'est accrocheur et très inspiré par les grands classiques du rock progressif, de King Crimson à Deep Purple, de Marillion à Dream Theater. Mais à l'inverse de leurs précédentes réalisations, celle-ci donne l'impression qu'ils ont cessé d'essayer de s'approcher de leurs maîtres et trouvé leur propre son, leur propre identité, leur propre âme.
Sept morceaux pour une cinquantaine de minutes, dont le très beau "Lost Inside", qui plafonne à près de 12 minutes. Mais les deux premiers sont jumeaux et affichent ensemble une durée similaire. "A Method..." et "...to the Madness" sont deux volets d'une même fresque démarrant de façon très calme, en tintinnabulant façon conte de fées, pour se terminer de façon beaucoup plus rythmée et figurative, sur des paroles presque apeurantes : "Fear of darkness - Illusion - Crawl with me"... Les quatre autres pièces s'enchaînent presque logiquement par la suite, à l'exception notoire de "The Sun", petite promenademusicale d'une minute et quelques, prélude au plat de résistance qu'est "Lost Inside", qui démarre une fois encore sur les clochettes.
Il paraît que le troisième album est souvent celui de la maturité. Overhead semble vouloir confirmer cette règle. Pourvu qu'ils ne s'arrêtent pas en si bonne voie.
À ne ranger qu'au moment de se coucher
Benoît Herr